Chaothèque

Créée par Ambroise Garel

Dictionnaire de déraison

Microfictions macabres et métaphysiques

Lycanthropie,

Nom féminin

Je connais les théories, depuis longtemps discréditées, des poètes et des faux savants qui prêtaient aux cycles naturels et aux éléments de néfastes effets sur l'âme humaine. Leurs hypothèses semblent aujourd'hui ridicules, et jamais les outils statistiques les plus fins dont dispose la science moderne ne sont parvenus à en reproduire les conclusions. Toutefois, animé d'un romantisme juvénile dont je n'ai jamais su totalement me défaire, je me suis toujours refusé à tenir pour erronée une thèse capable de satisfaire mon sens esthétique, et je restais persuadé que se cachait, dans ces théories baroques, quelque vérité pas uniquement métaphorique. Peut-être le positivisme de notre époque était-il simplement incapable de discerner certains effets, subtils mais réels, que savaient percevoir sans peine les âmes mystiques de nos ancêtres ?

Me remémorant les mots de Leibniz, dans la préface des Nouveaux essais sur l'entendement humain, « il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont trop petites et en trop grand nombre ou trop unies », me vint l'idée d'une expérience. S'il était vrai que le soir rendait colérique, comme le prétendait Baudelaire, ou que la pleine lune, tout comme la proximité de la manganèse, avait sur nous un pouvoir excitant, chacun de ces effets bien réel mais infime, peut-être leur addition les rendrait-elle discernables. Convaincu que jamais aucun outil ne serait mieux adapté à l'examen de l'esprit humain que cet esprit lui-même, je décidai de devenir mon propre cobaye. J'entrepris d'établir la liste de tous les objets, situations et matières à qui avaient été prêtées des propriétés stimulantes, puis, au terme de longues recherches, sous une lune gibbeuse, armé d'une tige de fer alchimique, me plaçais à l'intersection de trente siècles de croyances et de mythes.

Ici s'achève ma déposition, car je ne me souviens de rien d'autre. Tout juste puis-je affirmer, une fois encore, la seule conviction qui me reste.

Ce n'est pas moi qui ai commis ces meurtres.

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